03 novembre 2009

L'Arrache-coeur

Autant vous le dire tout de suite, j'avais adoré L'Écume des jours, lu à l'âge de dix-huit ou vingt ans. IMMENSE coup de coeur. C'est donc avec un mélange d'espoir et de crainte que j'ai entrepris de lire L'Arrache-coeur pour notre Blogoclub, qui célébrait Vian à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort.

Dès les premières pages, les jeux de mots inventés et les traits d'esprit m'ont fait croire que j'allais retrouver la même magie. Malheureusement, ce souvenir a sans doute joué contre L'Arrache-coeur, car j'ai passé le reste de ma lecture à faire des comparaisons, au détriment de ce dernier. En effet, à part les qualités déjà mentionnées, je n'ai pas retrouvé ce qui avait été si mémorable dans L'Écume...: la poésie, la fantaisie, des personnages attachants, une histoire d'amour inoubliable...

Au contraire, tous les personnages m'ont plutôt semblé antipathiques, même les bébés (il faut le faire, quand même!) Au lieu de la poésie, Vian a adopté un ton volontairement vulgaire et cynique, voulant sans doute choquer les bourgeois de l'époque. Mais les moeurs ont changé, et ce qui était peut-être nécessaire à l'époque n'est plus qu'un peu ridicule aujourd'hui.

Je me demande aussi s'il n'a pas dilué son propos en voulant dénoncer trop de choses: la cruauté envers les personnes âgées, les enfants, les animaux et même les arbres; la bêtise humaine; l'Église; la tyrannie des mères, le désistement des pères; la psychanalyse... Tout y passe!

Ce n'est pas une perte totale, Vian reste Vian et plusieurs passages m'ont bien plu, mais dans l'ensemble, je crois que ce roman a mal vieilli. Avec un titre pareil, je m'attendais à quelque chose de poignant... Non seulement je n'ai pas été «poignée», mais c'est à peine si j'ai été effleurée!


Pour les billets des autres participants du club sur différentes oeuvres de Vian, suivez les liens chez Sylire et Lisa, nos merveilleuses organisatrices.



L'Arrache-coeur de Boris Vian, première publication en 1953. L'édition du Livre de poche illustrée ci-dessus date de 1962 et compte 256 pages.

30 octobre 2009

The Grapes of Wrath

Il y a longtemps que je n'avais été aussi impressionnée par un bouquin. Impressionnée d'abord par son importance historique. Il me semble que la misère des petits exploités jusqu'à en mourir par les riches n'avait jamais été décrite avec autant de réalisme et de crudité, à part peut-être dans Germinal de Zola. Impressionnée aussi par sa pertinence et son actualité, car il suffit de lire dans les journaux ce qui se passe aux États-Unis depuis le début de la crise économique, l'avidité des banques, les faillites des petites entreprises avalées par les grosses, les familles de chômeurs qui perdent leur maison, pour voir que les choses n'ont pas changé tant que cela. Depuis Roosevelt, il y a quand même des mécanismes pour empêcher que les gens ne crèvent de faim dans la rue, et les syndicats ont aussi fait beaucoup pour les conditions de vie et de travail des ouvriers, mais il y a encore de la place à l'amélioration.

Ce roman pourrait être déprimant, mais il ne l'est pas du tout, car grâce à la force de caractère des personnages et grâce à l'entraide dont ils font preuve devant l'adversité, il subsiste toujours une lueur d'espoir. Je pense notamment au personnage de la mère (dont on ne connaîtra d'ailleurs jamais le prénom: elle est «Ma», la Mère), qui tient la famille à bout de bras et ne se laisse jamais démonter. De nombreux passages amusants viennent également alléger l'atmosphère, notamment ceux décrivant les aventures des deux cadets de la famille, Winfield et Ruthie, dont la candeur est tout à fait rafraîchissante. Par exemple, la scène où ils utilisent pour la première fois des toilettes en porcelaine avec chasse d'eau est très rigolote.

Je suis contente d'avoir lu ce livre formidable en version originale, même si ce n'était pas toujours facile à cause des dialogues en langage populaire qui m'ont parfois donné du fil à retordre. Comment ces dialogues ont-ils été traduits en français? J'ai l'horrible impression qu'on a dû utiliser l'argot, ce que je trouve toujours insupportable lorsqu'une histoire se déroule ailleurs qu'en France. Des mots comme mec ou flingue dans la bouche d'un paysan de l'Oklahoma, moi je décroche automatiquement!


Lu en lecture commune avec Karine, Jelydragon et Restling (dont le billet sera publié plus tard pour faute de panne informatique, la pauvre!). Aussi, le billet de Céline.




The Grapes of Wrath de John Steinbeck, première parution en 1939 chez Viking Press. L'édition de poche de Bantam Books illustrée ci-dessus date de 1964 et compte 406 pages. Titre de la version française: Les Raisins de la colère.

28 octobre 2009

Le Jeu de l'ange

On m'avait prévenue (et par «on» je veux dire vous, les blogueurs) que la plus récente oeuvre de Carlos Ruiz Zafon était loin d'être aussi formidable que son formidablissime L'Ombre du vent. On (toujours vous) s'est même dit carrément déçu. Suite à cette rumeur, j'ai baissé la barre de mes attentes de plusieurs crans, et finalement, hé bien j'ai plutôt apprécié ce thriller fantastico-historique. Donc merci, amis blogueurs!

Bien sûr, il y a quelques longueurs, bien sûr ça n'a ni queue ni tête! Mais j'ai aimé retrouvé les lieux du premier roman, cette Barcelone brumeuse et enfumée, teintée de noir et de rouge. J'ai aimé retourner au Cimetière des livres oubliés, et surtout à la sympathique librairie Sempere & Fils, une génération plus tôt... J'ai savouré de nouveau l'humour de Zafon, son ironie. Donc oui, pour l'atmosphère gothique, pour le pittoresque des personnages secondaires, pour l'écriture imagée, plus que pour l'intrigue embrouillée ou l'histoire d'amour insignifiante, je dis «j'en veux encore!»



Jules est très désappointée, Dédale du Biblioblog est déçue par l'intrigue et le personnage principal mais a comme moi savouré l'atmosphère et les personnages secondaires, Karine a trouvé l'intrigue un peu répétitive mais a quand même été passionnée. Du côté des anglos, Book Lady présente certainement la critique la plus enthousiaste que j'aie pu lire.



Le Jeu de l'ange de Carlos Ruiz Zafon, traduit de l'espagnol, publié chez Robert Laffont en 2009. 537 p. Titre original: El Juego del angel (2008).

24 octobre 2009

Des tonnes de défis!!

Comme je le disais dans un billet précédent, la saison des défis de lecture est maintenant ouverte. En plus du Circle Challenge ABC dont je vous ai déjà parlé, plusieurs autres ont vu le jour dans les derniers jours, et gageons que ce n'est pas fini! Personnellement, j'avais décidé de ne pas participer cette année, car un livre «obligé» chaque deux mois (avec le Blogoclub) me suffit, pour le reste je préfère y aller au gré de mes caprices et du hasard de ce qu'on déniche en bibliothèque ou en bouquinerie. Mais bien sûr, des fois c'est difficile de résister...

J'ai remarqué notamment:

Lire en VO avec Bladelor: Comme environ la moitié de mes lectures sont déjà en version originale anglaise, ce ne sera pas très forçant pour moi et je me suis donc inscrite dans la catégorie Bilingue. Bien sûr, je n'ai aucune chance de gagner, à moins que Karine ne décide de se mettre à l'ukrainien et à y consacrer une part importante de ses lectures. Si la lecture de l'anglais (ou d'une autre langue) vous est un peu ardue, les catégories Mini (6 livres) et Maxi (12) pourraient vous donner le petit coup dans le derrière qu'il vous faut pour redécouvrir ce grand plaisir de lire sans le filtre qu'est nécessairement un traducteur.

Karine et ses English classics: Je suis tentée, car je me disais justement que j'ai quelques lacunes côté Dickens, n'ayant lu qu'Un Chant de Noël et Le Grillon du foyer, et ce il y a fort longtemps. Mais j'hésite à m'engager pour deux bouquins, car je crois que ce sont généralement de bonnes briques. Disons que je vais me faire mon mini-défi toute seule dans mon coin et n'en lire qu'un. Je penche vers Great Expectations, est-ce un bon choix pour reprendre contact avec cet auteur, ou avez-vous d'autres titres à me suggérer? J'élimine d'emblée Oliver Twist, car j'ai vu le film plusieurs fois.

Bien sûr il y aussi, pour les ambitieux, l'éternel Challenge ABC, qui revient à chaque année et n'est pas, à ce que je sache, organisé par un blogueur en particulier. J'ai toujours pensé que ceux qui participaient à ce défi le faisaient en grande partie pour le plaisir d'établir leur liste alphabétique; après, je soupçonne que ça peut devenir un peu chiant!

Et enfin, le défi auquel vous êtes déjà inscrits sans même le savoir: le Challenge pour tous de Loula!

J'en oublie?

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Pour répondre à tous ceux qui m'ont posé la question (ou allaient me la poser): faute de temps, je n'organiserai pas de défi cette année, que ce soit Blog-o-trésors, Nom de la Rose ou quoi que ce soit. Les déçus qui s'apprêtent à venir manifester devant ma porte avec des pancartes sont invités à reprendre le flambeau...

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Addendum: On me signale quelques oublis (merci Choco et Jules):

Le Challenge 2€ (Youpi, j'ai trouvé la touche € du premier coup! Ça doit être mon jour de chance!) de Cynthia, sans date limite: Il s'agit tout simplement de lire ces petits romans qui s'achètent comme des bonbons à cause de leur tout petit prix, ceux des collections 2€ et Librio, et qui ensuite accumulent la poussière dans les PALs...

Le Défi «J'aime les classiques» de Marie, où l'on s'engage à lire un classique de la littérature francophone d'avant 1960 à chaque mois jusqu'en décembre 2010.

Le Challenge Wilkie Collins Addicts: on lira tout simplement un roman de cet auteur britannique durant l'année.

Sans oublier le Challenge du 1% littéraire de Levraoueg, qui dure jusqu'à l'été prochain si j'ai bien compris, où comme son nom l'indique l'on promet de lire 1% des centaines de romans publiés lors de la rentrée littéraire de l'automne 2009.

Décidément il y en a pour tous les goûts!



Addendum 2 (25 octobre): En voici un autre, le Matilda's Contest du blogue Raison et sentiments, basé sur une liste de romans lus par l'héroïne de Matilda de Roald Dahl: Faulkner, Steinbeck, Dickens, Austen... Décidément les classiques seront à l'honneur en 2010!


Addendum 3 (28 octobre): Un petit nouveau qui vient d'éclore, encore tout chaud: Les Coups de coeur de la Blogosphère, chez Theoma. Les nostalgiques de Blog-o-trésors pourraient s'y consoler!

J'avais aussi oublié celui-ci: (Re)reading HP chez Cachou, qui porte, vous l'aurez deviné, sur la série Harry Potter (livres et films). Il est encore temps de s'inscrire, la date de tombée pour la lecture du premier tome est le 31 octobre, et comme il est tout petit, c'est faisable... Ça vaudrait la peine de participer juste pour le magnifique logo!

Addendum 4 (31 octobre): Pour ceux qui n'auraient pas encore trouvé chaussure à leur pied, voici un autre défi, organisé par Bouh: Yes We Can: 100 ans de littérature américaine.



Addendum 5 (3 novembre): Un nouveau défi intéressant: Un Coeur intelligent. Denis nous propose de lire les neuf livres commentés par Alain Finkielkraut dans son essai Un coeur intelligent: des auteurs très connus (mais pas toujours lus!) comme Milan Kundera ou Dostoïevski, d'autres moins comme Sebastian Haffner ou Vassili Grossman. De belles découvertes en perspective!


Addendum 6 (5 novembre): Vous voulez découvrir la science-fiction ou en explorer les différents sous-genres (cyberpunk, planet opera, uchronie, etc)? Geishanellie vous propose Le Défi SF!

22 octobre 2009

Beauté d'automne


14 octobre 2009

Fourre-tout

C'est officiel! À ma grande satisfaction, l'Office québécois de la langue française a avalisé l'utilisation du néologisme blogue (au lieu de blog, qui est le terme anglais) et de ses nombreuses variations: bloguer, blogueur (au lieu de bloggeur ou bloggueur, ouf!), etc. On parlera aussi désormais d'un billet au lieu d'un post. Fort intéressants, ces Mots de la blogosphère! Merci, OQLF, et merci à ma lectrice fidèle Vieux Chagrin pour le lien!

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Je m'en voudrais de ne pas souligner la sortie du plus récent livre de Yann Martel (auteur de l'Histoire de Pi) qui reprend les billets publiés sur son site What is Stephen Harper Reading? (Que lit Stephen Harper?). Rappelons que M. Martel s'est engagé à envoyer chaque deux semaines un livre à notre premier ministre pour parfaire son éducation culturelle quelque peu... déficiente! Comme chaque envoi est accompagné d'une lettre de présentation fort intéressante, ce site (et donc le nouveau livre) est une vraie mine d'or (en même temps qu'un moyen de contestation efficace et non violent)!

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Il semble que la saison des défis de lecture pour 2010 soit maintenant officiellement ouverte! En voici un original et ambitieux: Le Circle Challenge ABC 2010. Il s'agit d'une variation des Challenges ABC déjà bien connus dans la blogosphère, dans lesquels, rappelons-le, on établit une liste de 26 livres dont les noms des auteurs commencent par chacune des lettres de l'alphabet (au grand bonheur des écrivains chinois, pour les lettres X et Q...). La particularité du Circle Challenge c'est que la liste est refilée à un autre participant (et donc pourrait contenir des titres qu'on a aimés et qu'on veut faire découvrir à d'autres) qui doit lire en un an les vingt-six livres que vous avez choisi! Comme je lis une cinquantaine de livres par années, l'idée d'autant de lectures imposées m'effraie au plus haut point, mais pour ceux qui ont un rythme de lecture plus soutenu et qui ont le goût de faire de belles découvertes, j'avoue que ça peut être tentant!

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Parlant de défis de lecture, et comme nous le rappelle Fashion avec sa justesse habituelle, on entre dans le dernier droit pour l'achèvement des différents challenges. Où en êtes-vous des vôtres? Sans vouloir me vanter, mon défi Blog-o-trésors est terminé depuis belle lurette. Par contre je traîne la patte pour Lire autour du monde; j'en suis à 3/5, mais les deux livres restants me tentent moyennement ces temps-ci...

05 octobre 2009

Girl With a Pearl Earring

D'habitude je n'aime pas trop lire un livre lorsque j'ai déjà vu le film qui en a été tiré. Mais ici cela ne m'a pas dérangée du tout, car ce qui compte dans ce roman, ce n'est pas tellement l'intrigue, mais plutôt l'atmosphère. C'est l'histoire d'une jeune fille qui devient femme de chambre dans la maisonnée du peintre Vermeer. C'est bien sûr de la fiction, mais Tracy Chevalier a imaginé que cette jeune fille avait été le modèle du célèbre tableau de ce peintre qui donne son titre au roman. Au grand dam de la maîtresse des lieux qui bouille de jalousie.

Mme Chevalier a su rendre de façon admirable la lumière et l'ambiance des peintures du Maître de Delft. On croirait vraiment être dans son atelier, avec son grand mur blanc et ses fenêtres orientées vers le Nord. Au gré des exigences de la composition, les objets et les meubles apparaissent et disparaissent de la pièce sous nos yeux: boîte à bijoux, clavecin, étoffes, miroir, etc. Il est très amusant durant la lecture de garder à son chevet un livre montrant tous les tableaux de Vermeer et d'y retrouver les différentes scènes et personnages qui y sont représentés. À défaut, un site comme celui-ci peut fort bien faire l'affaire.

J'ai particulièrement aimé les scènes où la jeune fille devient l'assistante du peintre, qui lui apprend à moudre les composantes pour les couleurs: ivoire calciné, ocre brûlée, etc, et à les mélanger avec l'huile de lin qui imprègne ses vêtements de son odeur particulière, partageant de plus en plus l'intimité de l'atelier, à l'écart du chaos régnant dans le reste de la maison. La scène où elle regarde pour la première fois dans une camera obscura, un appareil muni de lentilles qui projettent une image sur une vitre (les experts pensent que Vermeer se serait servi d'un tel dispositif pour étudier la perspective et la composition de ses tableaux), est particulièrement marquante.

J'avais bien aimé Burning Bright de la même auteure, mais comme je connaissais peu le poète William Blake qui y joue un rôle secondaire, ce roman m'avait moins touchée. Girl With a Pearl Earring est un gros coup de coeur! Pour rester dans l'ambiance du livre, je vais tenter de relouer le film mettant en vedette Colin Firth et Scarlett Johansson, et aussi pourquoi pas la charmante comédie romantique québécoise Les Aimants, qui s'inspire beaucoup de l'atmosphère des tableaux de Vermeer (comme en témoigne l'image ci-contre, où vous reconnaîtrez la lumineuse Isabelle Blais.).


Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Jules, Hermione, Joey et Bookworm. Aussi, les billets de Laverdure et de Laurence du Biblioblog, de Sylire, de Karine,...


Girl With a Pearl Earring de Tracy Chevalier, publié chez Plume en 2001, 233 p. Titre de la version française: La Jeune Fille à la perle.